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Sémiotique et Bible : N°152

SOMMAIRE et AVANT PROPOS N° 152 – Décembre 2013

Avant-propos
De la sacralisation à la lecture : une approche énonciative de la Bible . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Louis Panier
Le repas-discours en Lc 22,14-38. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Jean-Yves Thériault
Le signe de la croix (Jn 12,31-32) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .François Genuyt
Un séminaire de théologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . François Genuyt
Au service de la parole . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Olivier Robin

 

AVANT PROPOS
Louis Panier nous a quitté le 24 octobre 2012, il y a un peu plus d’un an. Les textes de ce numéro de Sémiotique et Bible et du numéro suivant lui rendent hommage. Cet hommage souligne l’exceptionnelle ampleur de son champ de recherche : lecture sémiotique articulée à la théologie, théorie sémiotique – d’abord narrative et ordonnée à la description des énoncés, puis devenue une sémiotique discursive entièrement reprise à partir de l’énonciation -, linguistique… Les textes de Louis attestent, par leur abondance et leur diversité, de la fécondité d’une œuvre nourrie par la recherche collective du CADIR en même temps qu’elle en fut l’aliment substantiel. Une sélection de ces textes sera éditée prochainement par les éditions PROFAC (éditions de l’Université Catholique de Lyon).

 

Un article de Louis PANIER lui-même ouvre le numéro. Ce texte a été publié en espagnol dans la revue « Topicos del Seminario. Revista de semiótica » (vol. 22, « Les limites du texte sacré », sous le titre : « De la sacralización a la lectura: un acercamiento enunciativo de la Biblia », SeS/BUAP, Puebla, Juillet-décembre 2009, pp. 53-74, Massimo Leone et María Luisa Solís Zepeda eds.). Nous remercions très vivement les responsables de la revue de nous avoir autorisés à le reproduire ici.

Interrogeant le concept de « livre sacré » développé à propos de la Bible, le texte propose de l’aborder à partir de « l’interprétation de la Bible, livre lu et livre à lire ». Cette « pratique de lecture » sert de fondement pour reprendre « la question du « sacré », pour autant qu’elle se pose » : « Il s’agit donc ici de présenter quelques points fondamentaux de l’approche chrétienne de la Bible dans la constitution, la structure et le traitement du corpus, et de les revisiter en faisant appel à une approche sémiotique – et particulièrement à une sémiotique de l’énonciation – susceptible à nos yeux d’articuler les questions posées par cette inscription de la parole dans l’écriture et d’en fournir quelques modèles. Il nous apparaît en effet que la « sacralisation » objectivante du texte biblique est barrée, au-dedans comme au-dehors, par la structure interne du livre et par les modalités énonciatives de sa lecture. »

L’article interroge donc successivement « le statut du livre », puis « son unité et sa structure » avant de montrer comment « présence et distance peuvent caractériser les conditions de lecture et la posture de lecteur postulées par la structure du corpus ». Le statut du livre est celui d’une « Ecriture » qui non seulement transmet la « Parole de Dieu » mais qui est cette Parole. Cela conduit « à une problématique du langage et aux questions posées par un livre abordé comme « œuvre de langage » et comme dépôt de la parole » : l’enjeu de la lecture se situe du côté d’une « ré-surrection », « pour ceux qui lisent, du lien à la parole ». Le sacré se déplace ici du côté de la lettre, cette instance « par laquelle la chair rencontre la parole ». L’unité du livre tient au « caractère de révélation de l’Ecriture ». Elle s’organise autour du Christ, « référence et lecteur des Ecritures », mais « en tant qu’il « incarne » la parole que la lettre de l’Écriture a en garde. C’est à cette place également que la tradition chrétienne a situé l’Église comme lectrice des Écritures. » D’où un renversement où s’indique la place et la fonction d’une lecture des « écrits du Nouveau Testament » : ils « témoignent du fait Jésus-Christ, de l’accomplissement qu’il réalise, mais aussi de son absence et de l’attente de sa venue. Il ne s’agit pas seulement de « faire mémoire » d’un événement passé, mais d’ouvrir, avec les Ecritures accomplies, une attente. » Pour les lecteurs la structure du corpus biblique dispose un « mémorial de l’attente, mémorial qui atteste le fait Jésus-Christ accomplissant les Écritures, et maintient l’attente de « celui qui doit venir » ». Dans cette attente, le corps est engagé. D’où « une exigence de lecture en acte ».

 

Suivent deux articles d’exégèse qui témoignent de cet acte de lecture et de ses enjeux signifiants.

 

L’article de Jean-Yves THÉRIAULT (Université du Québec à Rimouski) rend hommage aux travaux de Louis Panier en proposant, en écho à son approche comparée des récits d’institution de l’eucharistie, la lecture figurative de l’un de ces récits : celui de l’évangile de Luc (Lc 22,14-38). En accord avec la recherche Louis Panier l’analyse s’intéresse « à la mise en discours, à la structure signifiante qui fait que cet enchaînement fait sens pour un lecteur » en s’appuyant « sur la conviction que la cohérence du discours comme tout de signification présuppose la place d’un sujet d’énonciation instauré dans l’acte même de structuration du sens ». C’est donc « l’organisation énonciative » du discours qui sert de cadre à l’observation des figures. Une lecture attentive et précise, menée au fil du texte dans un dialogue constant avec les écrits de Louis Panier, conduit les lecteurs vers une intelligence nouvelle des paroles sur le pain et la coupe, et de l’appel au mémorial lancé par Jésus à ses disciples. Un fort écho apparaît ici avec la conclusion du texte de Louis Panier. Il ne s’agit pas en effet de répéter le souvenir d’un événement révolu, mais de l’actualiser dans une énonciation : c’est précisément à cette actualisation qu’invite la parole de Jésus, en tant qu’elle est elle-même le lieu où s’opère la mise en rapport du pain rompu et du corps donné. L’invitation vise à ce que soit renouvelé « l’acte énonciatif originaire », renouvelant du même coup le rapport auquel il introduit.

Mais l’analyse se poursuit au-delà de ce passage central, et les conclusions qui en accueillent les fruits montrent, à l’instar de Louis Panier, comment il est possible de développer « une sémiotique mise au service d’une lecture et d’une description des dispositifs figuratifs fournissant des modèles interprétatifs pour une réflexion théologique ». En voici le fruit : « En Lc, le traitement accordé au pain constitue le pivot central de la transformation qui s’opère. Il instaure le passage de la coupe pascale à la coupe d’alliance nouvelle. La parole sur le pain réalise ainsi d’avance un double accomplissement : elle fait que le corps perçu comme perdu sous l’effet de la livraison puisse être reconnu comme un corps donné pour nourrir la vie; en même temps elle crée un nouveau statut du corps : est instauré un corps de parole nourrissante. »

 

L’article de François Genuyt (CADIR-Lyon), qui rend compte du chapitre 12 de l’évangile de Jean, souligne le basculement opéré par ce chapitre : au moment où devrait s’effectuer « la reconnaissance de l’Envoyé (…), elle tourne court » en raison d’un malentendu autour de « la royauté » : « celle de Jésus n’est pas de ce monde. Elle ne se confond ni avec la royauté sur Israël, ni avec l’empire sur le monde ». Le dernier des discours adressés par Jésus à la foule développe ce malentendu en interprétant par avance l’ « heure qui vient ». Survient là la figure d’une gloire qui va de pair avec l’élévation, dans un jeu de retournement paradoxal : « L’élévation exprime cette position haute du sujet reconnu : sur le corps élevé en croix se lit la marque du Fils glorifié. » Ce corps est ainsi donné comme un « Signe susceptible d’éveiller la foi ». Ce « paradoxe qui bouleverse la fonction traditionnelle des signes » se résout dans une ouverture ternaire : ce « Signe (…) comporte, au delà de l’échelon du visible, un autre échelon, invisible mais audible, parce que référé à la seule parole du locuteur. La Croix n’est pas seulement l’ostension visible d’un corps témoignant de la vérité au prix de sa vie, un tel sujet dit avoir fait de sa vie la preuve d’un amour extrême. » Cette énonciation suscite un signifiant qui est « le tremplin du croire ».

Le parcours des disciples, qui suit le développement consacré au signe, est marqué par un nouveau paradoxe : celui d’une vie qui doit, pour être gardée, être haïe. Ce paradoxe se résout lui aussi dans l’intervention d’un terme tiers, en l’occurrence « la vie éternelle », donnée comme l’attestation du croire. La fin du texte en revient au croire, attestant là d’un dernier paradoxe : il oppose l’ « impossibilité de croire » dont fait état le narrateur et la « nécessité de croire » énoncée par Jésus. A nouveau, une troisième instance vient résoudre le paradoxe : « la parole (et la voix) du Père qui domine tous les échanges. »

Le texte de Jn 12 est ainsi traversé de bout en bout par une « limite » qui en est comme la structure organisatrice. Cette limite est située dans la parole, et deux paroles s’en font l’écho dans la fin du texte. D’abord la citation de l’Écriture, qui situe la parole comme intermédiaire obligé entre « la vue des signes » et « la foi en Jésus ». S’ouvre ici un autre régime de signe, rapporté à l’énonciation, qui opère un passage du voir à l’entendre. Puis le cri de Jésus, qui énonce « la nécessité du croire » en ne l’adressant à aucune oreille – et en visant ainsi toute oreille. Ce croire concerne sa parole, en tant qu’elle provient d’une « parole entendue, celle de son Père, comme la lumière est venue du même envoi. » Voir et entendre se rejoignent ici dans ce qui pourrait être un accomplissement du croire.

Là encore, les échos entre cette lecture et l’article de Louis Panier sont patents. C’est ainsi que ce très bel article se qualifie comme un hommage rendu par la recherche d’un sémioticien philosophe et lecteur des écritures à la recherche d’un sémioticien théologien.

 

Deux articles plus brefs se situent sur le versant théologique.

 

L’article de Louis PERRIN (CADIR-Lyon) évoque les travaux du séminaire théologique de Louis Panier, dont l’auteur de ce texte fut un participant assidu en même temps que le rédacteur de nombreux et précieux compte rendus. L’article mentionne le dernier épisode de cette recherche au long cours : « De janvier à juin 2011, ce séminaire, en son dernier travail, a lu le chapitre de Karl Rahner intitulé Parole et eucharistie, dans Ecrits théologiques 9, Desclée de Brouwer, 1968, p.51-91. ». De cette lecture quatre points, ou encore quatre « modèles », sont retenus.

1) « L’antécédence de la réception, de l’acceptation active, de l’audition » sur « la proclamation » : c’est de l’entendre que provient le dire.

2) « La distinction entre référence et réalité » : la « valeur » de la parole ne tient pas tant à sa capacité à désigner « quelque chose qui existe » qu’à son aptitude à créer « une réalité par la relation qu’elle instaure ».

3) La puissance opératoire de la parole, expliquée à partir de ce fait central : l’efficace de la « Parole de Dieu » provient de ce que « son écoute est déjà un don. L’audition (…) elle-même est la manifestation d’une grâce ».

4) La nécessité d’une médiation opérée par la parole humaine, dans l’articulation entre le dire et l’entendre : « La réalité surnaturelle ne peut s’indiquer à nous qu’au moyen d’une parole humaine. Ainsi s’articulent un élément purement objectif produit du dehors par une cause efficiente et une ouverture subjective ».

Cet ultime compte-rendu des séminaires de Louis Panier souligne ainsi une caractéristique forte de sa pratique de théologien : sa capacité à intégrer dans une dynamique d’ « effets de lecture » – ces effets de sens qui sont aussi des effets de vie – « non seulement des textes bibliques et patristiques, mais aussi des textes théologiques. »

 

 

L’article d’Olivier ROBIN, écrit à la suite de la célébration d’adieu à Louis Panier, s’ouvre sur une mention de ce qui en fit le cœur : l’hommage rendu à la Parole et à la parole, dont Louis s’est fait sa vie durant le serviteur. La parole, que ce texte définit comme « manifestation de la vie au beau milieu du langage ».

Quelques pages d’une « méditation autour de l’énonciation » prolongent en écho cet hommage. En voici les axes forts. La parole est une épreuve, celle d’un débrayage (d’une sortie de soi) par lequel l’ « inaccessible monde du sens est mis en circulation entre êtres humains ». « L’audace d’un tel geste est à la mesure de sa nécessité » : l’audace est celle du croire, ce mouvement de confiance par lequel un sujet advient comme tel en osant ainsi sortir de soi. Elle se soutient de cette nécessité : il n’y a pas moyen que la parole, même informulée, ne trouve un lieu d’accueil : en effet « la Parole », dont relève toute parole, « est faite pour être entendue et accueillie, rien ni personne ne pourra jamais l’en empêcher. ». « L’aventure sémiotique », à laquelle Louis Panier a consacré son existence, n’a cessé « d’élaborer des modèles théoriques » pour tenter de rendre compte de cette dynamique irrépressible : c’est la thématique de l’ « énonciation ». Le texte le situe ainsi comme un « témoin… de cette énonciation indomptable, de sa trace dans les textes » : « une origine inaccessible et une orientation irrépressible constitue les deux pôles entre lesquels… de la parole circule et nourrit envers et contre tout. » Il en fut un théoricien hors pair, si « Théoriser n’est finalement pas autre chose qu’inventer les mots, avec l’audace du poète, qui rendront compte des blessures créatrices les plus profondes et les plus secrètes de l’être humain. »

S’esquissent ici les linéaments d’une théologie de la Parole dont apparaît la nécessaire incarnation. C’est pourquoi la méditation s’infléchit, prenant un tour plus personnel, vers l’expérience faite par l’auteur de ce texte : celle de la « sensibilité de lecture et d’écriture » manifestée par Louis Panier dans « le compte rendu qu’il avait rédigé en vue de ma soutenance ». A « l’audace » d’un geste d’écriture qui avait pleinement assumé le risque du débrayage, la lecture de Louis Panier a répondu en attestant de la « nécessité » d’un embrayage capable d’accueillir la Parole dans la parole, et de lui donner espace et résonance dans la chair d’un humain. D’où l’émerveillement suscité par cette révélation : le croire n’était donc pas trompeur.

Sémiotique et Bible: N°151

SOMMAIRE et AVANT PROPOS N° 151 – Septembre 2013

Avant-propos
L’intelligence de l’incarnation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Anne Fortin
La voie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  Raymond Volant
Passé simple et imparfait dans les traductions du Nouveau Testament : quelques épisodes tirés des Évangiles . . . . . . . . . . .  Serge Wütricht

 


 

AVANT PROPOS

 

Le premier article de ce numéro de rentrée achève la publication des interventions du colloque de juin de 2012 commencée par le numéro précédent de Sémiotique et Bible. Ce texte d’Anne FORTIN (Université Laval – Québec questionne la capacité des texte bibliques à faire sens « pour un sujet atteint par la signifiance ». Plus précisément, il interroge le « lieu » atteint, en un lecteur, par ce « faire sens », cherchant ainsi à « cerner la « mise en discours des figures » et l’énonciation non plus seulement dans le texte, mais également dans le lecteur », ce qui ouvre sur la question théologique de « l’accomplissement des figures et de la signifiance dans un lecteur ». Pour explorer cette piste, l’article commence par revisiter les notions d’ « expérience, de soi et de corps du lecteur » en s’appuyant sur la réflexion sémiotique de Louis Panier et François Martin, et sur l’approche phénoménologique de Michel Henry. Le « corps » mis en jeu par la lecture n’est pas « le corps conçu comme entité sensible de la perception » : en effet « Il n’y a de corps que nommé, parlé, inscrit toujours déjà dans une parole créatrice pourrions-nous dire à partir de Gn 1. » Il n’est pas non plus assimilable à « la chair » mais s’entend plutôt comme « l’instance, le lieu d’articulation de la chair et de la parole. La chair articulée à la parole », « traversée et habitée par la parole » se comprend ainsi comme « la condition du corps parlant. » En empêchant « tout enfermement dans une notion de corps en tant que perception brute soustraite à un univers déjà parlé » ces distinctions débouchent sur une détermination « topologique » du « corps » convoqué par la lecture. Au plus loin d’une détermination « topique » qui serait référée de façon transitive à une « saisie immédiate et cognitive des « objets » référentiels », ce « topologique » est une saisie « intransitive » guidée par les « mouvements au sein du texte » en tant qu’ils portent les « déplacements du lecteur en écho aux déformations de figures dans le texte ». Dans cette perspective « Le lecteur fait ainsi partie des conditions sémiotiques de la lecture des textes. La saisie intransitive implique que le texte lu concerne le sujet lecteur non seulement par son propos mais aussi par son processus. » Le parcours en vient ainsi définir la « chair » comme le lieu d’inscription de la signifiance dans le lecteur. C’est alors que l’éclairage de l’analyse proposée par Fr.Genuyt de l’épître aux Romains « permet de concevoir une chair ternarisée » fonctionnant dans la lecture comme « instance de questionnement intransitif, rétroactif », et qui se comprend « comme principe d’intelligibilité de l’Incarnation même ». La belle trajectoire proposée par ce texte incite ainsi les lecteurs à ressaisir de façon logique, et non purement intuitive ou affective, leur propre rapport à la lecture, et notamment à la lecture biblique en assumant, si besoin est, la « perte de l’illusion d’un sujet unifié et tout puissant devant le texte » qui leur barrerait l’accès à la signifiance.

 

L’article de Raymond VOLANT (ARS-B, atelier de recherches sémiotique – Bretagne) s’appuie « sur certains éléments de la méthode sémiotique », notamment les analyses figurative et narrative sur l’approche sémiotique, pour introduire ses lecteurs dans la compréhension d’ « un texte fondateur de la pensée chinoise » : le « Livre de la Voie » (au chapitre 42), texte de référence du taoïsme. Introduit par une traduction commentée, elle-même suivie d’une présentation du texte, le commentaire en éclaire le mouvement en s’appuyant sur les figures représentées par les idéogrammes. Le début du texte développe une « vision globale de l’univers » montrant l’engendrement de « tous les êtres vivants » à partir d’une « unité primordiale qui est à l’origine de tout ». Ces êtres, « constituant chacun une unité, unité qui est point de départ et aboutissement de leur « destinée » » ont pour « vocation » « par l’alternance Yin-Yang, de tendre vers l’harmonie, figure de l’Unité primordiale. » Cette tension passe par le « Qi », « le « souffle bouillonnant, souffle médian », qui unit le « souffle Yin et le souffle Yang ». Yin et Yang sont reliés par le « Qi » et ils n’existent que par cette RELATION. Yin n’est Yin que dans son rapport à Yang, sa raison d’être, son destin, c’est d’aller vers le Yang. Il en est de même pour le Yang par rapport au Yin. C‘est le « souffle » entre eux deux, le « souffle médian », qui crée cette union « Yin-Yang » et conduit à devenir Harmonie et à tendre vers l’Un primordial. » L’article montre ainsi comment la vision taoïste porte l’élaboration d’une cosmogonie ternaire. Il souligne également que cette importance donnée au « Trois » rejoint des intuitions scientifiques contemporaines – notamment en physique. Il se pourrait ainsi, conclut-il, que le « Trois » « trace un chemin » – c’est le sens étymologique de « tao » – pour rendre le monde habitable.

 

Enfin, l’article de la linguiste Anne-Marie Santin-Guettier (Université du Maine, USA) se situe dans une perspective pragmatique assez éloignée de l’approche sémiotique. Il examine différentes traductions de certains épisodes du Nouveau Testament, constatant dans ces traductions des effets de sens liés au jeu des temps – et notamment à l’alternance entre l’imparfait et l’aoriste – qui lui semblent pouvoir appeler une interprétation théologique. La présence d’un imparfait pour raconter certaines actions dans des récits de miracle aurait ainsi pour enjeu de marquer une attention spéciale à l’événement dans sa relation au « sujet grammatical ». Trois épisodes (pour lesquels sont mentionnés l’original grec, ainsi que plusieurs traductions) illustrent ces emplois propres : les récit de la multiplication des pains (Mt 14, 19 ; Mt 15, 36 ; Mc 6,41 ; Mc 8, 6 ; Lc 9, 16 ; Jn 6, 11) ; la guérison de la belle-mère de Pierre (Mt !, 14-15 ; Mc 1, 31 ; Lc 4, 39) ; les anges du désert après la tentation (Mt 4, 9-12 ; Mc 1, 12-13) et enfin la guérison de la fille de Jaïre (Mt 9, 25 ; Mc 5, 39-42; Lc 8, 54-56). Partant de ces ensembles synoptiques, l’auteur analyse les emplois des imparfaits narratifs comme l’effet d’une insistance particulière appelant une interprétation théologique sur le sens religieux des miracles.

 

A tous bonne lecture… et bonne rentrée !