Archives mensuelles : mars 2015

Sémiotique et Bible : N°156

SOMMAIRE et AVANT PROPOS N° 156 – Novembre 2014

Avant-propos
Figures de la Promesse et de la Loi dans l’Epître de Paul aux Galates : (2) Quelques propositions théologiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . Jean Berchmans Paluku Mukwemulere

Une traduction liturgique de la Bible. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . .  .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Jean-Claude Crivelli
Pourquoi vivre si mourir est la fin ? De la plainte à l’action de grâce : une lecture du psaume 12 . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . .François Genuyt

Notes de lecture : l’évangile de Jean, chapitres 1 et 2 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Louis Perrin

 

AVANT PROPOS

Ce numéro 156 associe théologie, liturgie et lecture de textes.

Le premier article achève la publication de l’article de Jean Berchmans Paluku Mukwemulere (prêtre du diocèse de Butembo – Beni/RD Congo et enseignant au Théologat Saint Octave et Vice) initiée par le numéro précédent. Il en poursuit le propos – une observation des figures de la Loi et de la Foi dans l’Épître aux Galates – par une relecture anthropologique et théologique.

L’anthropologie déduite de l’analyse figurative développe une théorie du sujet fondée « dans une articulation dynamique de la Promesse, de la Loi et de la Filiation ». Elle est la théorie d’un « devenir sujet » à partir d’une relativité à « l’Autre qui le fonde », dans l’ « altérité de la parole ». L’approche théologique enchaîne un modèle christologique et un modèle ecclésiologique. D’un point de vue christologique est soulignée la position « axiale » du Christ : « en lui se se rompt le cercle de la Loi et la promesse s’ouvre à toutes les nations ». Il fonde la filiation humaine à Dieu en étant « le Fils qui nous appelle à être fils et à découvrir la fraternité entre nous ainsi que la juste relation filiale au Père. » En découle un modèle ecclésiologique caractérisé par « l’articulation entre juifs et païens », et relevant d’un « impératif du témoignage » qui « fait référence à l’acte fondateur de la mort et de la résurrection du Christ et à l’annonce initiale de la Parole ».

C’est ainsi que, au fil des pages, « cette lecture sémiotique de l’épître aux Galates » fraie son chemin vers « une théologie pratique d’engendrement des sujets ».

L’article de JC Crivelli, religieux de l’Abbaye de Saint-Maurice (Valais, Suisse), tire argument de la parution de la nouvelle Bible liturgique pour interroger les caractéristiques d’une traduction habilitée à se prétendre « liturgique » : « Mais finalement, en quoi une traduction est-elle liturgique ? »

Un premier élément de réponse concerne la langue : « La traduction liturgique est traversée par le dialogue entre Dieu et son peuple. La langue humaine a vocation de devenir langue divine. En christianisme, il n’existe pas de langue sacrée. De par l’incarnation du Verbe dans la chair de ce monde, toute langue peut désormais signifier la parole de Dieu, parler le monde tel que Dieu le voit et le conduit à son accomplissement. » D’autres éléments tiennent au rite lui-même, car « une traduction, pour autant qu’elle soit dotée des qualités littéraires susmentionnées, ne devient vraiment liturgique qu’à la faveur du rite qui, en célébration, met en œuvre les lectures ainsi traduites. » Le rite liturgique est ainsi une mise en acte, « un événement où, par l’ « énergie » de l’Esprit Saint, le Christ nous est révélé comme Verbe de Dieu, Parole du Père. » Dans cet événement, l’assemblée est engagée en vis-à-vis du texte, dans une perspective dialogale où se reflète la structure même de l’Alliance. Vient ici la spécificité d’une traduction liturgique : « L’enjeu, c’est l’expérience même de la Parole de vie », pratiquée dans « un lire-ensemble, une écoute commune de la parole. Le livre est ouvert devant tous et pour tous ». 

Ces éléments montrent pleinement l’importance d’une « traduction liturgique de la Bible comme texte » : son enjeu est « d’unir ceux qui écoutent et de les ouvrir au monde nouveau qui est signifié  à travers le texte sacré ». Encore faut-il cependant que cette traduction puisse être entendue : « Lire, c’est donner l’image de l’écoute. Que la proclamation soit claire et distincte, qu’elle aide l’assemblée à recevoir la parole et à y répondre. Encore et toujours le dialogue entre Dieu et son peuple. »  

Deux belles analyses de textes achèvent le numéro.

L’article de François GENUYT (CADIR-Lyon) propose un commentaire du Psaume 12. Le repérage des figures du texte (oubli, angoisse, regard, réponse, grâce, salut…) va ici de pair avec une mise en évidence de son mouvement énonciatif, qui mène de la plainte à la prière puis à l’action de grâce. Les catégories heideggeriennes du souci et de la mort viennent à l’appui de la lecture pour proposer une interprétation de ces figures, rendant ainsi analysable l’élan de parole qui traverse le texte pour le conduire à un dénouement imprévu. En s’achevant sur un examen approfondi de ses enjeux, la lecture éclaire cette question fondamentale : « Pourquoi vivre si mourir est la fin ? »

L’article de Louis PERRIN (CADIR-Lyon) renoue avec une tradition depuis longtemps assumée par cet auteur : celle des notes rendant compte d’un parcours de lecture effectué avec un groupe. Les notes proposées ici concernent l’évangile de Jean. On trouvera dans le présent numéro celles qui concernent les chapitres 1 et 2, et qui seront poursuivives par la suite. Il ne s’agit pas ici d’un simple compte-rendu de lecture, mais de bien davantage : d’une profonde méditation guidée par les figures du texte, et attestant d’une fréquentation assidue, attentive, pénétrante de cet évangile. Nous formons le vœu qu’elle puisse à son tour guider d’autres lecteurs dans une découverte personnelle de l’évangile de Jean.

Bonne lecture !

Sémiotique et Bible : N°155

SOMMAIRE et AVANT PROPOS N° 155 – Septembre 2014

Avant-propos
Avançons un peu sur la question de la praxis : Louis de Lyon, Hippocrate de Cos, Denys d’Athènes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . Michel Costantini
La composante doxique du croire. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Serge Wütricht
Les conditions sémiotiques de la transmission . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . .François Rastier
Figures de la Promesse et de la Loi dans l’Epître de Paul aux Galates : approche sémiotique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Jean Berchmans Paluku Mukwemulere

 

AVANT PROPOS

Ce numéro 155 conclut l’hommage rendu à Louis Panier par des contributions de sémioticiens pour la plupart extérieurs au CADIR.

Dans un texte « qui se veut plus encore qu’hommage à Panier, don d’amitié à Louis », Michel COSTANTINI (Professeur de sémiotique des arts et de la littérature, Université Paris 8, Vincennes-Saint-Denis) souligne « quelques échos subjectivement… ressentis » entre des pratiques sémiotiques différentes. Par exemple celui-ci : « la signification, c’est-à-dire le « sens-dans-le-texte », c’est cela qui intéresse la sémiotique (et telle est la raison de l’insistance, entre autres, sur la clôture) et (…) cette signification seule est « susceptible d’entrer dans une communication » . Ou encore cette qualification de la sémiotique comme « praxis dans sa triple dimension (…) de pratique, d’analyse et de lecture. »

L’article poursuit en précisant chacun de ces termes : pratique, analyse, lecture. « La Tekhnè (…) est pratique, en ce sens qu’elle est issue de la pratique, mais théorique aussi en ce sens qu’elle est la théorisation d’une pratique elle-même résultat d’une mise en œuvre de la théorie. » Puis vient l’analyse, ce mot « qui affiche bien ce qu’il entend signifier : le déliement du lié, voire le dénouement du noué. » D’où un « souci empirique constamment vigilant », car « aussi bien c’est tout un art que de la mener, cette analyse, un art de prendre la bonne décision au bon moment, d’assigner à l’élément, au fragment de signifiant ou de signifié son bon niveau dans l’épaisseur feuilletée du sens. » L’article insiste sur l’importance de la « révolution copernicienne » introduite là par une opération de découpage prise comme « préalable » et non comme « résultat », comme « condition » et non comme « fin »

Enfin vient la lecture, pour laquelle l’article revient sur l’apport de Louis Panier. En effet « l’analyse est mise à jour de la structure, et la structure exige la lecture, qui est un phénomène d’énonciation. C’est cet enchaînement qui a été l’apport pour moi le plus considérable de Louis. Sans se lasser, il revenait là-dessus, sans se lasser il a répété, justifié, organisé inlassablement, sous des formes et selon des aspects toujours divers, sa conception de la « lecture ». L’article s’achève par un tour d’horizon dans quelques références plus ou moins communes à son auteur et à Louis Panier : et notamment, ce qui n’est pas le moindre paradoxe pour un sémioticien de l’énonciation, à un Denys l’Aéropagite que le texte présente comme un précurseur de la sémiotique tensive…

L’article de Serge WÜTRICHT (Institut Protestant de Théologie, Paris) revisite un concept fondamental de sémiotique littéraire, le concept du « croire », c’est-à-dire le mode d’inscription d’un sujet sur la dimension du vouloir. À la suite des travaux de Jacques Geninasca, il a pour ambition d’étendre le champ descriptif de son modèle en suggérant l’addition d’une composante doxique aux composantes prédicative et thymique déjà analysées par cet auteur : « Cette proposition complète l’hypothèse de Greimas qui fait de l’espace thymique le correspondant, au niveau des structures abstraites, de l’espace modal qui structure le niveau plus superficiel du parcours génératif. Pour Greimas, cette « conversion » entre le niveau « profond » (thymique) et le niveau « superficiel » (modal) s’opère par « la sélection d’un terme thymique, appelé à s’investir dans la relation qui lie le sujet à l’objet. » Or, comme c’est précisément cette relation sujet – objet qui permet de définir le sujet en tant qu’existant sémiotiquement, la relation inter-subjective ne peut donc être que seconde, car précédée logiquement par une relation sujet – objet. La proposition faite ici renverse cet ordre en fondant l’identité sémiotique sur un rapport inter-subjectif défini comme premier. La seconde conséquence que l’on peut tirer est que l’espace thymique n’est plus le seul à constituer la base de l’espace modal structurant l’identité sémiotique du sujet, l’espace doxique en fait aussi partie. » 

Cette proposition a ainsi pour but de modéliser les relations inter-subjectives qui s’établissent antérieurement à toute valorisation prédicative ou thymique en proposant « d’y ajouter une étape préliminaire, qui fonde la construction du système de valeurs et de communication contractuelle sur la préséance d’une communication fiduciaire intersubjective. » Cet ajout permettrait en particulier de décrire la manière dont les textes littéraires ont la capacité de prendre en charge et de figurer ces relations.

La description modifiée de l’espace modal nécessite l’introduction de deux classes de sujets qui satisfont à cette nouvelle structure. Ces sujets sont nommés « sujet confié » et « sujet confiant ». Mais « À l’évidence, ce n’est qu’à l’épreuve d’analyses concrètes qu’on pourra juger de la pertinence des pôles actoriels proposés. Il faudra, pour cela, exhumer des figures de la rencontre qui manifestent cet ordre particulier, distinct de l’intelligibilité prédicative. On suggère l’idée qu’une telle organisation s’exprime par le recours aux énoncés métaphoriques. Ceux-ci possèdent, en effet, la propriété de dévoiler « le geste par lequel se trouve posé ce par quoi le Sujet se donne à reconnaître lui-même dans les choses et dans les mots. Le rapprochement de figures issues d’aires sémantiques hétérogènes induit – par la résistance même à ce rapprochement – un travail qui manifeste les liens tissés par et dans le texte et les relations qui s’y expriment. »

Rédigé en hommage aux talents d’éducateur de Louis Panier, l’article de François RASTIER (Directeur de recherche INaLCO-ERTIM) interroge le concept omniprésent de « communication » au regard d’une « transmission culturelle dont la complexité semble décourager notre époque oublieuse ». Le texte interroge une « théorie du langage instrument » à laquelle « répond une instrumentalisation des connaissances et une technologisation des sciences ». Il oppose à une temporalité du « temps réel » la nécessité d’un différé qui suppose un détour par le temps long, et au productivisme l’importance de la distraction. Au modèle d’un « triangle pédagogique » qui « comporte trois pôles, l’enseignant, le savoir et l’apprenant », un peu rapidement associés au modèle communicationnel « émetteur, message et récepteur » l’article propose de substituer un « cycle de la transmission » intégrant diverses instances dont les fonctions relèvent d’une typologie sémiotique. Il situe d’un côté le destinateur de la parole, mandaté par un garant pour un échange à interpréter, et en vis-à-vis un destinataire appelé à se prononcer sur la valeur de son propos, et lui-même validé par des témoins de sa sanction. La transmission s’organise alors en cinq étapes « qui correspondent à un enchaînement narratif et alternent les points de vue individuels et les garanties sociales » : le « mandement », « l’acceptation », la « qualification », l’ « épreuve » et la « sanction ».

Ce modèle vise, en-deçà de la communication,  « les conditions de la genèse et de l’interprétation du sens » dont elle pourrait bien n’être que la partie émergée. L’enjeu en est de réinscrire l’ « apprentissage » dans un « récit de vie. L’apprentissage devient une initiation que l’on surmonte, un rite de passage indéfini. », les « gestes techniques » qui en font partie intégrante s’inscrivant là dans un « récit de réussite qui permette non seulement de surmonter les difficultés des exercices, mais de surmonter les épreuves d’un récit de vie. » Ce cycle de transmission s’inscrit dans une temporalité différente de l’immédiateté communicationnelle, car ouverte à une dimension de « tradition » qui pointe en direction de l’avenir. Non comme une simple reproduction « linéaire et chronologique », mais en admettant « des boucles de rétroaction, comme de rétrospection et de prospective ». L’enjeu en est donc de « création ».

Le numéro s’achève par un article de Jean Berchmans Paluku Mukwemulere, (prêtre du diocèse de Butembo – Beni/RD Congo et enseignant au Théologat Saint Octave et Vice). Il constitue un fragment d’une thèse dirigée par Louis Panier, et soutenue le 13 mars 2012 à l’Université Catholique de Lyon. Sa publication dans ce numéro prolonge l’article de François Rastier en signalant une dimension importante de l’activité de Louis, enseignant toujours disponible pour les nombreux étudiants que sa direction a conduits au doctorat. 

Articulé autour de trois formes d’interrogations – d’ordre exégétique, anthropologique et théologique – le texte entreprend de suivre le parcours des figures de la Loi et de la Foi dans l’épître aux Galates. Ce faisant il se propose d’interroger deux modèles d’alliance respectivement référés à l’un et l’autre terme. L’alliance fondée sur la Foi ne succède pas diachroniquement à celle fondée sur la Loi : elle en réalise plutôt l’accomplissement et ouvre la voie à l’écoute d’une parole qui instaure le lecteur comme témoin du Christ dans le monde d’aujourd’hui. 

Le texte se présente lui-même ainsi : « Dans son architecture, le présent article avance selon deux phases. Dans un premier temps, il traite de la mise en discours des figures de la promesse, de la Loi et de la filiation dans l’épître. Le parcours figuratif de la Promesse et de la Loi cerne la structure du sujet et en réfère à l’acte fondateur et originel de la mort et du relèvement de Jésus d’entre les morts par Dieu le Père. Dans un deuxième temps s’entreprend une réflexion théologique à partir de ces structures de significations et des agencements des figures de la Loi et de la Promesse. » C’est le premier de ces deux temps qui est présenté ici. Le second temps suivra dans un prochain numéro. 

A tous bonne lecture, en cette rentrée 2014 !

 

Semiotique et Bible : N°154

SOMMAIRE et AVANT PROPOS N° 154 – Juin 2014

Avant-propos
Fécondités d’une recherche : la sémiotique énonciative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . Anne Pénicaud
Un cadre théorique : le « schéma de la parole ». . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Anne Pénicaud
Le modèle du « relief », un appui pour l’analyse figurative . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  . . . . . . . . . . . . . . .Anne Pénicaud
Le modèle du « vitrail » et l’analyse énonciative . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Anne Pénicaud

 

AVANT PROPOS

Le numéro d’hommage proposé ici se différencie de ceux qui l’ont précédé et comme de ceux qui le suivront. En effet il ne revient pas directement sur le travail de Louis Panier mais souhaite l’honorer indirectement, en indiquant ses prolongements dans la recherche actuelle du CADIR (Centre pour l’Analyse du Discours Religieux, Faculté de théologie de l’Université Catholique de Lyon). 

Durant les quarante années d’existence du Centre, la sémiotique a traversé trois étapes étroitement liées. Elle s’est d’abord comprise comme une sémiotique narrative, développée au contact des textes bibliques pour tester les modèles formalisés par le fondateur de la sémiotique, A-J Greimas. Mais très rapidement la rencontre avec la Bible en a fait évoluer la théorie et la pratique en direction d’une sémiotique figurative élaborée par les chercheurs du Centre entre les années 1980 et 1990. Ne pouvant citer tous ceux qui, de près ou de loin, ont accompagné la recherche du Centre nous nous bornerons ici à en indiquer le noyau dur lyonnais : Jean Delorme, Jean Calloud, François Genuyt, Jean-Claude Giroud, François Martin… et Louis Panier, bien sûr. Ayant rejoint l’équipe, comme étudiante en 1993 puis comme membre à partir de 1994, l’auteur de ces lignes – Anne Pénicaud – a eu la chance de bien connaître les uns et les autres. A leur contact elle a découvert et goûté la puissance heuristique des découvertes réalisées, l’enthousiasme qu’elles suscitaient chez certains mais aussi les réserves, voire les fortes réticences qu’il leur arrivait de rencontrer chez d’autres. Durant les années qui ont suivi, un long chemin d’apprentissage l’a peu à peu transformée à son tour en sémioticienne. Dans ce chemin les enseignements reçus de Louis Panier ont joué comme des repères sûrs, précis, inestimables. 

Au tournant de l’an 2000 la mort ou l’éloignement des « anciens » ont, par force, renouvelé l’équipe du CADIR : Louis Panier restait seul au poste, heureusement soutenu par la présence occasionnelle de Jean-Claude Giroud. Quelques « nouveaux » ont alors rejoint l’équipe : Olivier Robin et aussi, dans une fidélité que n’a pas découragé l’éloignement géographique, Anne Fortin. Le travail de cette nouvelle équipe s’est diversifié : tandis qu’Anne Fortin poursuivait le geste théologique inauguré par Louis Panier en contribuant au développement d’une théologie de la parole (voir Sémiotique et Bible n° 153), l’équipe lyonnaise poursuivait la piste d’une formalisation sémiotique. En effet l’enseignement auquel ses membres étaient confrontés leur faisait toucher du doigt la nécessité de développer des modèles simples pour faire mieux connaître la sémiotique figurative, cet arbre poussé en terre sémiotique par la grâce de la lecture biblique. Deux modèles, l’un théorique et l’autre opératoire, ont ainsi vu le jour à destination des étudiants, des animateurs et des lecteurs des groupes bibliques. Ces modèles étaient testés, et donc validés avec eux. Les aléas de cette validation en ont porté l’évolution très rapide, quitte à mettre à rude épreuve la résistance des « apprenants » et parfois aussi la patience des chercheurs… A présent stabilisés et bénéficiant d’un recul de plusieurs années ils sont présentés par les deux premiers articles de ce numéro : le modèle théorique, nommé « schéma de la parole », fait l’objet du premier article, et le modèle opératoire, baptisé « relief », est introduit et commenté par le second article.

Cependant l’élan de la recherche s’est poursuivi au-delà de cette première étape, inaugurant une dimension nouvelle de la discipline sémiotique. En se retournant de l’énoncé vers l’énonciation, le modèle du « relief » a en effet donné naissance à celui du « vitrail », qui a à son tour engendré une nouvelle forme d’analyse : l’analyse énonciative. Le troisième article du présent numéro présente ce modèle, et illustre le geste d’analyse auquel il sert d’appui. Son élaboration plus récente le dote d’un peu moins de recul que les deux modèles précédents. Cependant son degré d’aboutissement, ainsi que l’intérêt qu’il nous semble comporter, nous ont incités à le présenter ici. Il permet en effet de lire avec quelque rigueur la signifiance d’un énoncé, c’est-à-dire le faire sens inhérent à son énonciation.

Les trois présentations qui constituent le présent numéro font le point sur l’état actuel des recherches menées au CADIR, et ont été rédigées par Anne Pénicaud. Cette présentation, encore incomplète, se poursuivra par un retour sur l’analyse narrative et s’achèvera par une conclusion en forme de seuil. En effet l’aboutissement des procédures (figuratives, énonciatives, narratives) dont la sémiotique énonciative propose une articulation n’est pas un appel à se reposer mais à reprendre la route en engageant l’exploration d’un champ entièrement nouveau en sémiotique : celui d’une sémiotique des « affections » qui creuserait la question de l’édification théologale des lecteurs par une lecture sémiotique de la Bible. La présentation des recherches auxquelles cette exploration donne lieu depuis à présent quelques années sera assumée par Olivier Robin, dans une série d’articles qui s’échelonneront sur de prochains numéros de la revue.

Ce numéro, donc, se veut comme un hommage des fruits à l’arbre qui en a porté le mûrissement. D’où son espoir de pouvoir être goûté par ses lecteurs. L’évangile ne dit-il pas : « Tout arbre se connaît à son propre fruit ; en effet sur des épines on ne récolte pas de figues, et sur une ronce on ne vendange pas de raisin. » (Lc 6, 44) ? Et avant cela, il énonce ce principe : « Il n’y a pas en effet d’arbre beau faisant fruit pourri, ni en retour d’arbre pourri faisant fruit beau. » (Lc 6, 43). Que la bonté du fruit signale modestement l’extraordinaire fécondité de l’arbre poussé au CADIR et dont Louis fut, des années durant, l’un des principaux jardiniers : tel est le vœu auquel répond le parcours proposé ici.

Le présent numéro est comme une parenthèse d’avenir dans l’hommage rendu à Louis Panier par la revue Sémiotique et Bible. La rentrée de septembre reprendra le cours de cet hommage en publiant des articles de sémioticiens et de linguistes.