Archives mensuelles : juin 2016

Sémiotique et Bible : N°162

SOMMAIRE et AVANT PROPOS N° 162 – Juin 2016

  • Homélie prononcée lors des funérailles de François Genuyt – Michel Demaison
  • A l’écoute du sermon sur la montagne (MT 5-7)- Croître en filiation (MT 6,1-18) – Jean-Yves Thériault

L’article de J-Y THERIAULT (Université du Québec à Rimouski, Groupe ASTER) en vient ici « au coeur du grand discours sur la montagne » : le Notre Père. Ce texte est enchâssé dans un ensemble plus vaste, constitué de deux cercles concentriques : en effet des indications l’introduisent et le suivent, et sont à leur tour insérées dans les trois instructions (aumône, prière, jeûne) qui ouvrent la voie à la « justice surabondante » prônée par le Discours sur la Montagne. Cette inclusion souligne l’importance majeure du lien au Père dans ce chemin de justice. Il est un chemin de filiation, que le don du Père trace et soutient pour autant que cela lui soit demandé.

  • Genèse 2 à 5 – De la génération ou la question de l’engendrement (2). Genèse 3 : La sortie du jardin – Jean-Claude Giroud

Cet article de J-C GIROUD (CADIR-Lyon) prolonge la lecture de la création de l’humain (Gn 2) par celle des événements responsables de son exclusion de jardin (Gn 3). Comme précédemment la recension des figures y est constamment retournée vers une lecture figurale qui désigne les enjeux de leur mise en parcours dans le texte : il s’agit en l’occurrence de montrer comment le régime, précédemment établi, d’une parole garante de la relation se trouve profondément perturbé par l’intrusion d’une manducation qui libère la pulsion destructrice de l’absorption. C’est ainsi que le « mauvais » vient croiser le chemin du « bon » dans la condition humaine.

  • Ezékias recourt à Yhwh : La mort de sennachérib (IS 37) – Gérard Degrond

L’article de Théodore KALENDA (Enseignant au Grand Séminaire Philosophicum Saint François Xavier de Mbujimayi) aborde ici la réaction du roi Ezékias aux discours du ravshaqeh, puis des messagers que lui envoie le roi Sennachérib. A chaque fois il se tourne vers Yhwh, par une attitude accordée à la réalité de sa situation : « comme roi de Juda, il agit et gouverne le royaume au nom d’un autre, Yhwh, qui a choisi la maison de David pour diriger son peuple ». C’est ainsi dans sa confiance en la présence agissante de Yhwh qu’il puise la force et le discernement manifestés par ses réponses à Sennachérib.

Sémiotique et Bible : N°161

SOMMAIRE et AVANT PROPOS N° 161 – Mars 2016

  • D’une lecture première à une lecture figurale : impact sur le lecteur – Denis Lombard

Dans l’expérience d’animation de groupes lisant la Bible, la lecture spontanée aboutit rapidement à une interprétation admise comme évidente par le groupe. Cette « évidence » est le premier obstacle sur le chemin de celui qui veut se mettre à l’écoute de la Parole dans l’Ecriture. La première étape du travail de lecture va consister à déconstruire cette hypothèse. La simple observation des figures telles qu’elles sont mises en place dans le récit, va révéler la complexité du sens, invalidant la première interprétation malgré son caractère évident. La reconstitution du sens du texte va être un lent travail élaboré par le groupe. Cela va atteindre chaque lecteur au lieu de sa propre recherche de construction interne, rendue obscure par tous les mouvements paradoxaux qui l’habitent. A ce moment-là, la lecture va éclairer le sujet lecteur et des éléments de sens vont apparaître. Le lecteur va exprimer que « ça parle ». Ainsi commence la joie de lire…

  • Le silence comme témoin du travail de la parole dans le lecteur – Gilles Déchelette, Sophie Claret

– L’analyse sémiotique d’un texte biblique par un groupe de lecture est vécue comme un chemin, c’est-à-dire un parcours, un geste, une dynamique. Même s’il y a une direction à prendre, il n’y a pas de résultat définitif.

– Cette analyse est une voie pour le passage d’une conscience objectivante à une conscience intérieure. Les silences sont alors les témoins du travail de la parole dans le lecteur et d’une rencontre personnelle avec l’indicible.

  • Animer avec deux paires d’oreilles – Martine Faure et Marie-Christine Teissier

L’une est « croyante », l’autre « non croyante » ; comment est-il possible d’animer ensemble à partir d’un entendre différent ? Comment la lecture sémiotique permet-elle cela ? Quel impact ces deux « entendre » ont-ils sur la position d’animateur et sur l’animation ? Nous essayerons de répondre à ces questions en nous appuyant sur notre expérience d’animation en tandem.

  • Vous parler bouche vers bouche afin que notre joie soit accomplie (2 Jn, 12) – Gérard Degrond

Cette interpellation de Jean à une communauté non désignée ne reflète-t-elle pas ce qui se passe dans un groupe de lecture sémiotique ? Nous accueillons une parole, portée par un texte, qui suscite une parole de notre bouche, laquelle à son tour ouvre la bouche de chacun dans le groupe. Cette parole sans cesse reformulée est souvent source d’une joie profondément ressentie par tous.

  • Au fil des écritures – Monique Léonhardt

Je m’appuierai sur ce qui s’énonce, ce qui apparaît, se vit, se transforme et également ce qui disparaît au gré de la lecture des Ecritures avec d’autres. Tentative quelque peu hasardeuse que de parler de ces situations devant un public qui en fait l’expérience quasi quotidiennement…

  • Raconter des récits bibliques pour que la parole s’entende – Marie-Jo Laroche

L’Atelier « Conter… la Bible » de Gradignan (depuis 2009) forme des conteurs pour inviter toute personne, quel que soit son âge, à écouter, entendre, découvrir ou redécouvrir la Bible comme une Parole adressée.

En restant au plus près des textes nous leur prêtons nos voix, nos gestes, avec la joie de partager ces récits à des auditeurs qui y entendent chacun une Parole personnelle. On n’attend pas de tout comprendre pour raconter. Cela nous dépasse, cela nous déplace. On fait l’expérience d’une Parole vivante.

  • Entre corps, souffle et parole : un écart unifiant – Michel Alibert, Isabelle Donegani

On entend avec tout soi-même, corps et esprit sont sollicités pour cette disponibilité. Le souffle qui anime l’humain s’y trouve visité et vivifié par l’Autre. La lecture sémiotique “supporte” le silence, et le corps peut recevoir la parole. Alors le silence du corps et la parole du texte s’allient, pour les noces du lecteur avec le Dire et le Silence divins.

  • Des actes de prise de parole dans le ministère pastoral – quelques typologies d’énonciations – Gilbert Brun et Pierre Lathuilière

A travers un regard sur l’expérience de prises de parole dans le cadre pastoral d’un diocèse et d’une paroisse, il nous a semblé bon de souligner comment les procédures d’énonciation pouvaient révéler des choix pastoraux et des ecclésiologies plus ou moins implicites.

Nous avons donc pris le temps d’un repérage pour apprécier comment divers types d’énonciation observés dans la pratique – indépendamment de tout contenu – sont porteurs d’effets dans le vécu des communautés diocésaines ou paroissiales. Et nous en sommes restés à quatre types d’énonciations, sans prétendre à l’exhaustivité.

  • La sémiotique énonciative au service des structures diocésaines – Une foi à transmettre – Patiaré Bergeret

En expérimentant la lecture sémiotique à partir des textes des Écritures, j’ai pu constater que le texte me devenait « vivant ». Les acteurs, temps et espace d’un texte prennent du relief et s’animent dans « l’énonciation» reçue du texte et la parole échangée entre lecteurs. Cette lecture du texte dégage une Parole « au-delà du temps » qui inscrit le sujet dans un caractère irréversible: cette Parole fait date (inscription dans la chair) et ouvre à un «Ailleurs» qui transfigure nos réalités. Pourquoi n’en serait-il pas de même dans la « vraie vie », au sens où celle-ci s’envisage comme un texte à lire et relire ? […] Ce processus de lecture et de relecture pourrait alors s’adresser à un collectif dans son organisation, sa gestion et ses projets, comme par exemple un service diocésain ?

  • Explorer « les raisons du dire » dans le texte évangélique – Ioanna Berthoud-Papandropoulou

Les énoncés de Jésus ont une capacité à signifier qui n’a pas fini de faire parler et agir les lecteurs qui acceptent de s’y exposer. Mais qu’en est-il, en amont, des raisons pour lesquelles Jésus les a dits dans tel contexte énonciatif et à tels destinataires? Partant de l’hypothèse que les « raisons du dire » peuvent figurer aussi dans le texte, nous avons cherché à les identifier dans quelques passages de l’évangile de Marc, et à les décrire. Elles seront discutées en relation à l’enjeu fondamental qu’est l’écoute du lecteur-énonciataire.