Sémiotique et Bible : N°163

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SOMMAIRE et AVANT PROPOS N° 163 – Septembre 2016

Pour ce numéro de rentrée, nous interrompons temporairement la publication de notre « feuilleton lecture » (les chapitres 1-11 de la Genèse, Isaïe 36-38, le discours sur la montagne en Matthieu) par une pause ouvrant dans d’autres directions.

Hommage à Louis Perrin – Régis CHAZOT et Christiane BARCET

Il s’agissait en effet de rendre hommage à Louis PERRIN (CADIR-Lyon), décédé le 12 juin dernier. Chercheur et lecteur passionné, participant de longue date aux travaux du CADIR, il animait depuis des années de nombreux groupes bibliques. Au CADIR, il s’attacha tout particulièrement aux recherches de Louis Panier. De nombreux compte-rendus, dont certains ont été publiés dans la revue Sémiotique et Bible, attestent du soutien qu’il leur a apporté.

L’hommage qui lui est rendu ici prend deux formes.

D’abord une évocation de Louis. Deux brèves allocutions prononcées à l’occasion de ses funérailles mentionnent, pour l’une (Régis CHAZOT) sa personne et son parcours de vie, et pour l’autre (Christiane BARCET) la façon dont il a abordé sa propre disparition. Puis un schéma, dont Louis est l’auteur, apporte sa confirmation personnelle à ces paroles. Il représente, sous une forme imagée, une perception du temps que l’on pourrait nommer « espérance ».

Suivent deux textes que Louis avait confiés il y a quelques mois à la rédaction de la revue. Il s’agit de compte-rendus bien dans sa manière : brefs, denses, elliptiques et éclectiques. Leur diversité donne une idée de l’étendue de ses intérêts et de la richesse de sa réflexion.

Il n’y a que – Louis PERRIN

Le premier article, « Il n’y a que », interroge d’un point de vue philosophique un livre d’Alain Badiou, Logique des mondes, qu’il fait résonner avec une réflexion sur l’ « énonciation », en tant qu’elle « suppose qu’il y ait un acte de lecture, car s’il y a des choses dites, écrites comme corps du texte dans des langages, seule la lecture peut entendre ce qui n’est pas dit mais qui apparaît entre les dits, ce qui est inter-dit. » C’est dans « non lieu » que la réflexion de Louis Perrin situe les « vérités », et cela le conduit à « l’idée que ces vérités qui sont autres que les « il y a », c’est-à-dire autres que les corps et les langages, autrement dit l’idée que cette énonciation qui est autre que le dit des énoncés, que ces vérités et cette énonciation ont quelque chose à voir avec « Dieu » qui ne peut être dit, et plus précisément avec le Verbe de saint Jean. Seuls ceux qui entrent dans cette démarche peuvent dire avec les prophètes : en vérité, ainsi parle le Seigneur. »

Notes de lecture : Jean, chapitres 1 à 16 – Louis PERRIN

Le second article rend compte des travaux d’un groupe qui lisait, sous la houlette de Louis, l’évangile de Jean[i]… Il ne faut pas y chercher d’analyse exhaustive : il s’agit en effet de notes de lecture, jetées sur le papier au fil des rencontres comme pour garder une trace des événements de sens qui les avaient traversés. Ces traces sont comme un chemin offert aux lecteurs pour les inviter à cheminer eux aussi à la rencontre de l’évangile de Jean. Voici, en guise d’introduction, ces quelques lignes empruntées à l’analyse du Prologue de l’évangile de Jean : « A noter une tournure du texte, qui apparaît à première vue comme une contradiction. C’est d’abord : le verbe était tourné vers Dieu et le verbe était Dieu. Dieu est-il celui vers qui être tourné (en grec pros, en latin apud, auprès de) ? Mais alors comment le verbe est-il lui-même Dieu ? Peut-être faut-il penser que l’« être Dieu » du verbe, c’est d’être tourné vers. De même (en 9-10), en venant dans le monde et il était dans le monde. S’il était dans le monde, comment peut-il y venir ? Peut-être faut-il penser que le verbe était dans le monde, comme celui qui, éternellement, y vient. Dans les deux cas, l’important n’est pas l’identification du but, mais la manière et la démarche. »

La demande et le don (Luc 11,1-13) – GROUPE « VAL DE LOIRE »

Un article rédigé au nom du « Groupe Val de Loire » par Michel COSTANTINI (Université Paris 8, Vincennes Saint Denis) aborde également un texte évangélique : le « Notre Père » (Lc 11,1-13). Le texte y est abordé sous l’angle suivant « Quel sens produit cette arrivée du « Notre Père » dans l’évangile de Luc – bien différente de son arrivée chez Matthieu ? Quelle est la portée de cette « mise en scène », quelles sont ses conséquences pour le Sujet énonçant, les personnages qui disent JE dans l’énoncé, et nous tous, qui disons JE au cours de la lecture ? » Ces questions sont traitées selon une approche narrative référée au modèle de Greimas. Quelques balises, empruntées à cet article, jalonneront le chemin d’analyse par lequel il accompagne le mouvement du texte.

La demande initiale des disciples situe Jésus comme le sujet opérateur virtuel d’une conjonction avec un savoir-dire. Trois opérations en soutiennent la réalisation : ce sujet « prie », « répond », « commente ». S’y engage « la même isotopie globale, celle du sens, de l’émission du sens, de l’énonciation, donc. Le premier programme narratif (« Jésus priait », Lc 11, 1), est évoqué sans être traité, le deuxième est effectué comme demandé (Lc 11, 2-4), le troisième est effectué sans être commandé (Lc 11, 5-13). » Dans le second programme apparaît un écart , car « Jésus donne d’emblée autre chose que ce qui lui est demandé. Il n’apprend pas à prier, il donne une prière. » En miroir, cette « prière » donnée est « une prière de demande (…) c’est-à-dire une prière qui exprime des manques. »

Une parabole prolonge le don de la prière par « un enseignement supplémentaire », qui se concentre sur le don en tant qu’il répond à la demande : « Il ne peut y avoir de don sans demande, ni de demande sans prise de conscience d’un manque. » Mais que s’agit-il de donner ? De façon ultime, le don du Père du ciel est celui du Souffle saint : « Le souffle, c’est la vie. Le Souffle Saint, c’est la Vie divine. Il n’y a pas d’autre moyen de le posséder que de le demander, lui qu’on peut considérer comme le bien suprême puisque, possédant l’Esprit Saint, le disciple entre dans la gloire de la Trinité. Ce don transite par un futur, dôsei (il donnera), qui engage l’avenir. C’est une garantie pour les disciples, assurés de leur avenir comme ils le sont de leur présent. Au terme des demandes, c’est l’Esprit, la Vie divine, qui est accordé aux disciples. »

Bonne lecture !

[i] Seule une partie de ces compte-rendus, qui couvre les chapitres 1 à 16 de l’évangile, sera publiée ici. Sauf à retrouver les comptes-rendus des chapitres suivants…

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